Quelle éthique pour le mécénat culturel ?

En décembre 2014, la ministre de la culture Fleur Pellerin établit une Charte du mécénat culturel, document de référence mis à jour en novembre 2017. La charte ouvre sur la distinction entre mécénat et parrainage : « À la différence du mécénat, les opérations de parrainage sont destinées à promouvoir l’image du « parraineur » dans un but commercial ». L’élément distinctif du mécénat est dès lors l’absence de tout but commercial, ainsi que de toute autre contrepartie : « En principe, l’organisme bénéficiaire ne doit accorder aucune contrepartie au donateur à raison du don effectué ».  Il est ensuite rappelé que « la valorisation de l’engagement du mécène ne doit pas s’apparenter à une prestation de publicité ».   En résumant, le premier attribut pour définir un acte de mécénat comme éthiquement recevable est l’absence de toute compensation commerciale,  même cachée sous la forme de prestation publicitaire. Principe louable, mais inapplicable : le bienfaiteur anonyme et désintéressé est rarissime, le mécène est toujours connu et la valorisation de son acte, anticipée.

Par ailleurs, l’article 11 de la charte prévoit des restrictions relatives à la nature ou à la situation des partenaires. Toute opération effectuée par des entreprises liées au tabac et à l’alcool est interdite, en conformité avec la législation en vigueur. De même, il est recommandé de ne pas établir des accords avec des organisations politiques ou syndicales et de mettre en place des précautions pour conjurer la démarche de prosélytisme dans le cas d’organisations à caractère religieux. Le ministère recommande aussi de la vigilance quant à la situation fiscale, sociale et commerciale des partenaires, ainsi qu’à la réputation et à la légalité de leurs activités.

En revanche, rien n’est dit d’une façon explicite concernant la situation éthique des partenaires.

En octobre dernier,  Shell a annoncé la fin de son sponsoring à la National Gallery, après la fin de son financement au Van Gogh Museum d’Amsterdam. Officiellement, la compagnie pétrolière souhaite désormais pratiquer son blanchissement d’image dans d’autres domaines que celui de la culture ; en réalité, la pression de l’opinion publique et les nombreuses manifestations des militants écologistes au fil des années, auraient découragé son ardeur philanthropique culturelle. Parmi les associations plus actives, la coalition anglaise Art not Oil milite pour la fin du mécénat culturel des géants du pétrole depuis 2004. Malgré l’envergure de ces actions, les grands musées, le Louvre en tête, continuent à recevoir des financements de la part de l’industrie pétrolière.

Et si le côté écologiquement inacceptable est souvent pointé du doigt, on ne peux pas dire autant des aspects sociaux et humanitaires, souvent passés sous silence, parce que moins vendeurs du point de vue médiatique. Il est vrai que récemment, le Metropolitan museum a refusé le mécénat d’une organisation proche du prince saoudien, à cause de son implication dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi… mais peut-on dire que les saoudiens, avant ce crime, étaient de respectables mécènes ?

Clorinde_B

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