La Fondation Louis Vuitton : un mécénat bidon ?

Inaugurée en grande pompe par François Hollande en octobre 2014, la Fondation Louis Vuitton est aujourd’hui au centre de nombreuses polémiques au sujet des rapports entre public et privé. Ce « nuage posé sur le Bois de Boulogne », selon les mots du président-directeur général du groupe LVMH Bernard Arnault, a été visé par une plainte pour escroquerie et fraude fiscale déposée par le Fricc, Front républicain d’intervention contre la corruption.

Récemment, la Fondation a, par ailleurs, fait l’objet des contrôles de la Cour des Comptes, qui a émis quelques réserves, comme on peut le lire dans le dernier rapport consacré au mécénat des entreprises. Promotion de la marque et retombées médiatiques payées par l’État, coût élevé du projet immobilier, politique des prêts à l’occasion des expositions temporaires, politiques tarifaires élitistes, manquement aux obligations déclaratives vis-à-vis de l’État, sont passés en revue :

« La Fondation d’entreprise Louis Vuitton constitue un cas, exceptionnel par son ampleur, d’utilisation des possibilités offertes par la législation fiscale en matière de mécénat afin de développer un projet culturel ambitieux tout en assurant la promotion de la marque principale d’un groupe, dans une logique de communication d’entreprise qui articule art contemporain, mode et luxe. » (p. 56)

« Initialement annoncé à 100 M€ HT, le coût du bâtiment TTC s’est finalement établi à 790 M€. Il est supérieur à celui de la Philharmonie de Paris et comparable à celui de la Philharmonie de l’Elbe à Hambourg, deux projets culturels récents sous maîtrise d’ouvrage publique. » (p. 58)

« Pour l’organisation de certaines de ses expositions, la Fondation, qui ne possède pas de collection propre, hormis quelques œuvres attachées au bâtiment, recourt gracieusement aux œuvres de la collection d’une filiale du Groupe LVMH ou de la collection personnelle du président de la Fondation. La formule bénéfice à la Fondation, qui peut organiser des expositions au moindre coût, aussi bien qu’aux prêteurs, qui trouvent ainsi une vitrine prestigieuse de présentation des œuvres susceptible d’en conforter la valeur. » (p.58)

On remarquera que, curieusement, le dépassement pharaonique du coût de construction, à la différence de celui de la Philharmonie de Jean Nouvel, n’a pas fait l’objet d’autant d’intérêt médiatique. C’est, peut-être, parce que les grands quotidiens préfèrent réserver à la Fondation Vuitton des cahiers spéciaux dédiés à ses expositions…

Et, hors les avantages fiscaux, le passage de propriété de la fondation à la ville de Paris dans quelques décennies, « ce magnifique cadeau aux français », pose questions.

Dans la vidéo promotionnelle de l’inauguration, où l’on voit défiler rayonnant et ému tout le beau monde de la mode, du spectacle, de la finance et de la politique, Anne Hidalgo se réjouit que le lieu deviendra propriété de la ville de Paris, déjà propriétaire du foncier, 55 ans après la signature de la convention d’occupation domaniale qui lie les deux parties, et selon la volonté de son magnanime fondateur (merci patron !).

C’est sans compter qu’en 2061, après 47 années d’entretien plus ou moins soutenu, le bâtiment de Frank Gehry, souhaitons-le bien pensé et construit (pour 800 millions d’euros), nécessitera de nouveaux investissements de réhabilitation à hauteur des prestations actuelles. Et alors, une seconde fois, le contribuable paiera la facture. Mais 2061 est si loin… il vaut mieux plutôt passer à la revue de presse :

Vincent Noce, Fondation Vuitton, l’écrin géant de Bernard Arnault, Libération, 19 octobre 2014

Coques pour résidus, la Fondation Vuitton, Le Courrier de l’Architecte, 29 octobre 2014

Jean-Michel Tobelem, Fondation Louis Vuitton : le mécénat d’entreprise sans la générosité, Le Monde.fr, 27 octobre 2014

La Fondation Vuitton, un sac qui ne passe pas la douane, Le Courrier de l’Architecte, 19 novembre 2014

Emmanuel Lévy , Les comptes fantastiques de la fondation Louis-Vuitton, Marianne, 13 mai 2017

Combien pour cette Fondation Vuitton ?, Le Courrier de l’Architecte, 31 mai 2017

Emmanuel Lévy, Les comptes obscurs de la fondation Louis Vuitton, Marianne, 20 avril 2018

Emmanuel Lévy, Fondation Vuitton : Bernard Arnault ou l’art de plumer le contribuable avec un mécénat bidon, Marianne, 18 octobre 2018

AFP agence et Le Figaro.fr, Mécénat: les impôts de LVHM réduits de 518M€, Le Figaro.fr, 28 novembre 2018

Renaud Lecadre, Les fondations douteuses du musée de Bernard Arnault, Libération, 29 novembre 2018

AFP agence, La Fondation Louis Vuitton visée par une plainte pour escroquerie et fraude fiscale, Le Figaro.fr, 1er décembre 2018

Pour conclure, je voudrais ici rappeler que la liaison de la maison Vuitton avec le monde muséal est antérieure à la construction de sa fondation au Bois de Boulogne. On se souvient de la contestée exposition Vuitton au Musée Carnavalet en 2010, « une magnifique opération publicitaire », comme l’avait définie Bernard Hasquenoph dans son site Le Louvre pour tous.

Clorinde_B

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